J’ai signalé un nid de frelons asiatiques à ma commune en pensant que c’était leur rôle : la réponse que j’ai reçue m’a laissé sans voix

Vous avez repéré une grosse sphère brune suspendue dans un arbre de votre rue, un ballet incessant d’insectes sombres aux pattes jaunes. Réflexe citoyen exemplaire : vous appelez votre commune. Et la réponse qui tombe est à peu près celle-ci : « ce n’est pas de notre ressort si c’est sur votre terrain ». Bienvenue dans la réalité belge de la gestion du frelon asiatique, où la bonne volonté du citoyen se heurte à un labyrinthe de responsabilités qui varie selon l’endroit précis où l’insecte a eu le mauvais goût de s’installer.

À retenir

  • Depuis 2023, les règles en Wallonie ont radicalement changé mais restent mal connues du public
  • Qui paie pour la destruction ? Cela dépend entièrement de l’endroit où le nid s’est installé
  • Des communes belges trouvent des solutions innovantes que vous n’avez jamais entendu parler

Depuis 2023, la Wallonie a changé les règles, et peu de monde le sait

Arrivé en Belgique en 2016, le frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax) est désormais implanté sur une grande partie du territoire wallon. Depuis 2023, la Wallonie ne procède plus à la neutralisation systématique des nids et la responsabilité de cette neutralisation dépend de la localisation du nid. Ce tournant, beaucoup de citoyens l’ignorent totalement. Pendant des années, l’image du pompier ou de l’agent communal qui débarquait en combinaison blanche était la norme. Ce temps est révolu.

Vu l’étendue de l’invasion au niveau européen, il est illusoire de penser pouvoir l’éradiquer. Il est désormais nécessaire de prioriser les actions en se concentrant sur les nids problématiques qui représentent une menace pour la santé publique ou pour l’apiculture. En clair : tous les nids ne se valent pas aux yeux des autorités. Un nid perché à quinze mètres dans un chêne n’a pas le même statut qu’un nid à hauteur d’épaule au-dessus d’un trottoir fréquenté.

Depuis le 1er janvier 2023, la Région wallonne n’intervient plus que sur le domaine régional dans la neutralisation des nids posant un problème de santé publique. Il revient donc aux communes d’intervenir sur leur territoire. Les prises en charge sont variables selon les communes et les provinces. C’est là que le bât blesse : d’une commune à l’autre, la réponse que vous obtenez peut être diamétralement opposée.

La règle d’or : tout dépend de l’endroit où le nid se trouve

Sur le domaine public, un arbre dans un parc, un lampadaire, un bâtiment communal, c’est la commune qui est responsable. Certaines communes prennent en charge la totalité de la destruction, d’autres mandatent un prestataire et couvrent les frais. Si votre nid est accroché à un lampadaire de la Grand-Place, le service communal a toutes les raisons de réagir.

La situation bascule dès que vous franchissez la limite de votre propriété. Sur votre propriété privée, la responsabilité de la destruction vous incombe. Ni la commune ni les pompiers ne sont tenus d’intervenir gratuitement chez vous. C’est précisément cette réponse qui laisse sans voix bon nombre de Belges, convaincus que signaler un danger à leur commune suffit pour déclencher une intervention. La bonne nouvelle, c’est que des options existent, elles demandent juste un peu de débrouillardise.

Si le nid est situé sur le domaine public régional et représente un danger pour la santé publique, une demande de neutralisation peut être adressée à invasives@spw.wallonie.be. Si le nid est situé sur un terrain privé et qu’il est considéré comme problématique, il est vivement recommandé de faire appel à un neutralisateur privé en se référant à la carte des neutralisateurs officiellement formés par le CRA-W. Le CRA-W (Centre wallon de Recherches Agronomiques) maintient une carte interactive qui recense les opérateurs agréés par commune, un outil souvent ignoré du grand public.

Côté budget, le tarif varie généralement entre 80 € et 200 € selon la hauteur et l’accessibilité du nid. Certaines communes offrent des primes ou des subventions pour réduire le coût de l’intervention. Avant de sortir la carte bancaire, un coup de fil au service environnement de votre commune peut donc éviter une mauvaise surprise.

Des communes qui innovent, pendant que d’autres restent dans le flou

Le paysage communal belge n’est pas uniforme. Certaines villes ont pris des initiatives qui méritent d’être connues. La ville de Genappe, par exemple, a décidé de prendre à sa charge la destruction des nids de frelons asiatiques dans le domaine public et les domaines privés, initiative prise suite à la décision de la Région wallonne de ne plus procéder à la neutralisation des nids. Une approche proactive, mais loin d’être généralisée.

Du côté de la province de Liège, la créativité citoyenne prend le relais. Les communes d’Ans et de Grâce-Hollogne soutiennent financièrement une nouvelle ASBL qui vient détruire gratuitement les nids repérés sur leur territoire. La commune d’Ans va même plus loin : une proposition a été soumise au conseil communal afin de rendre obligatoire le signalement de tout nid suspect ou confirmé sur le territoire d’Ans. Cette contrainte est contrebalancée par une convention avec l’ASBL Vigi Vespa Velutina, qui procède gratuitement à l’enlèvement des nids. La mesure vise à mieux repérer les nids grâce à un signalement systématique, mais aussi à renforcer la sécurité face à un insecte agressif à proximité de son nid.

À Aywaille, un apiculteur a lancé un appel pour créer une ASBL chargée d’organiser la destruction systématique des nids, sans exception. Une vingtaine de personnes ont déjà répondu à cet appel et la commune d’Aywaille a marqué son intérêt. D’autres communes comme Stavelot, Ferrières et Manhay pourraient suivre cet exemple. Le principe : la commune financerait le matériel, tandis que des membres bénévoles de l’ASBL se chargeraient des destructions. Un modèle de subsidiarité à la belge qui a le mérite de fonctionner sur le terrain.

Ce que vous devez faire concrètement, et ce qu’il ne faut jamais tenter

Sur une année, le frelon asiatique fabrique deux nids. Le premier (nid primaire) est construit à la sortie de la période d’hivernation (fin mars à début avril), de la taille d’un pamplemousse et ne contenant que quelques individus. On le retrouve généralement à hauteur d’homme, à l’abri des intempéries. C’est à ce stade précoce que l’intervention est la plus simple et la moins coûteuse. Le nid secondaire est nettement plus imposant, pouvant atteindre 80 cm de diamètre et contenant plusieurs milliers d’individus. Il est construit à partir de la fin juin et généralement situé en hauteur, parfois à plus de 10 mètres, caché dans le feuillage des arbres.

Pensez à préciser la localisation exacte et la taille approximative du nid : un nid de la taille d’une balle de tennis ne déclenche pas la même urgence qu’un nid de 60 cm de diamètre à trois mètres au-dessus d’un trottoir. Cette information est loin d’être anodine : elle conditionne la réactivité des services concernés.

Une chose est hors de discussion : un professionnel sérieux doit posséder un enregistrement pour l’usage de produits biocides et une assurance responsabilité civile professionnelle. Méfiez-vous des prix anormalement bas et exigez systématiquement un devis écrit précisant la méthode de destruction utilisée. Les arnaques existent, profitant de la méconnaissance des particuliers face à cette espèce.

Un dernier chiffre qui donne l’échelle du problème : un seul nid de frelons asiatiques détruit plus de 11 kilos d’insectes. Pour nos pollinisateurs déjà sous pression, chaque nid non neutralisé est une menace supplémentaire. Raison de plus pour ne pas laisser la complexité administrative décourager la vigilance citoyenne, elle reste le premier maillon d’une chaîne de réponse qui, selon votre commune, peut être remarquablement efficace ou frustrante à souhait.