J’ai traversé Bruxelles dix minutes avec mon vieux diesel juste pour déposer ma fille à la gare : c’est ce que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres le mois suivant

Une lettre timbrée de la Région bruxelloise, dix minutes de conduite, et voilà comment un vieux diesel familial devient un problème administratif. C’est exactement le scénario vécu par des dizaines de milliers d’automobilistes depuis le début de l’année 2026 : un simple aller-retour pour déposer un enfant à la gare, et quelques semaines plus tard, un avertissement officiel de Bruxelles Fiscalité atterrit dans la boîte aux lettres. Pas une amende immédiate, mais le premier maillon d’une chaîne qui peut, elle, finir par coûter 350 euros.

À retenir
  • Les diesels Euro 5 (2011-2015) sont interdits à Bruxelles depuis le 1er janvier 2026.
  • Un seul trajet dans la zone LEZ déclenche un courrier d’avertissement suivi d’une amende de 350€ après trois mois.
  • Une amende annuelle de 350€ autorise à continuer de circuler toute l’année dans la LEZ.
  • Une réforme prévue début 2027 instaurera une amende mensuelle de 80€ ou un pass annuel de 350€.

Pourquoi un simple passage suffit à déclencher une lettre

La zone de basses émissions, la fameuse LEZ, ne fait pas de distinction entre un trajet de dix minutes et un usage quotidien. La LEZ couvre toute la Région de Bruxelles-Capitale, c’est-à-dire les 19 communes, le Ring n’étant pas concerné, tout comme certaines voiries permettant d’accéder à certains parkings de transit. dès qu’on quitte l’autoroute pour rejoindre une gare intra-muros, on entre dans le périmètre surveillé par les caméras ANPR.

Depuis le 1er janvier 2026, la donne a changé pour de nombreux propriétaires de vieux diesels. Les véhicules diesel Euro 5 et essence Euro 2 (voitures, camionnettes, bus, camions, motos) ne peuvent plus circuler dans la Zone de basses émissions de la Région bruxelloise. Un diesel Euro 5, pour rappel, correspond à une voiture diesel immatriculée pour la première fois entre janvier 2011 et septembre 2015. Ce ne sont donc pas des antiquités fumantes des années 90, mais des véhicules qui roulaient encore très normalement il y a dix ans.

Le mécanisme fonctionne en deux temps. Les automobilistes en infraction reçoivent d’abord un courrier d’avertissement pour leur permettre de se mettre en conformité, et la première amende de 350 euros ne leur sera envoyée que 3 mois après la première infraction. C’est précisément ce courrier d’avertissement qui atterrit dans la boîte aux lettres après un premier passage repéré par les caméras.

Le vrai piège : la course-poursuite entre gouvernement et calendrier

L’histoire de cette interdiction ressemble à un feuilleton politique bruxellois dans toute sa splendeur. Le calendrier initial datait de 2017 et visait déjà 2025 pour le bannissement des diesels Euro 5. Puis juste avant les élections communales de 2024, un front MR-PS-Engagés a décidé de postposer à 2027 cette échéance. Rebondissement judiciaire ensuite : la Cour constitutionnelle a annulé ce report en septembre 2025 à la suite de recours.

Résultat, le gouvernement sortant a dû acter l’interdiction dès le 1er janvier 2026, avec une période de tolérance de trois mois sans verbalisation. Mais le nouveau gouvernement Dilliès a ensuite suspendu l’application des amendes le temps de négocier une réforme complète du système. Ce yo-yo administratif explique pourquoi tant de conducteurs ont reçu des courriers contradictoires ou tardifs en 2026.

Les amendes ont finalement repris. Dès le 1er juillet 2026, les véhicules diesels Euro 5 et essences Euro 2 ne peuvent plus rouler en Région bruxelloise, sous peine d’amende de 350€. Et l’ampleur du phénomène donne le vertige : Bruxelles Fiscalité a déjà envoyé environ 12.000 avertissements début mai. Douze mille lettres, pour douze mille histoires de trajets banals devenus des dossiers administratifs.

Combien ça coûte vraiment, et comment y échapper

Le montant de 350 euros fait grincer des dents, mais il fonctionne différemment de ce qu’on imagine. La particularité du dispositif est qu’un automobiliste ne reçoit qu’une seule amende sur l’année, la sanction fonctionnant dans les faits comme une sorte de pass annuel permettant encore de circuler malgré l’interdiction. Payer une fois, donc, autorise à recommencer pendant douze mois. Une logique pour le moins particulière pour une mesure censée protéger la qualité de l’air.

Une réforme se prépare déjà pour adoucir la facture. La déclaration de politique régionale prévoit de totalement réformer le dispositif avec des sanctions financières à la baisse, à savoir une amende mensuelle à 80 euros et un pass annuel de 350 euros, une réforme qui devrait entrer en vigueur début 2027. Les négociations achoppent encore sur les exonérations sociales : l’accord prévoit une « catégorie sociale à 200€ », mais le PS veut encore aller plus loin avec des exonérations des statuts BIM.

Pour éviter la mauvaise surprise, plusieurs options existent. Un simulateur officiel permet de vérifier en quelques clics si son véhicule est autorisé. Des pass d’un jour sont toutefois prévus et des dérogations existent dans certains cas, notamment pour les véhicules adaptés au handicap ou les voitures de collection.

Un chiffre qui remet les choses en perspective

Le nombre de véhicules concernés en dit long sur l’ampleur du changement. On recense près de 24.000 diesels Euro 5 à Bruxelles et près de 188.000 en Wallonie, dont une bonne partie appartient à des navetteurs qui traversent la capitale chaque jour pour le travail ou, justement, pour déposer un enfant à la gare.

L’adhésion citoyenne à la mesure reste par ailleurs plus large qu’on ne l’imagine souvent. Selon un sondage commandé par l’ASBL Les Chercheurs d’Air et réalisé auprès de 1.000 Bruxellois, « 56% des Bruxellois sont favorables à l’interdiction des véhicules thermiques » en Région bruxelloise. De quoi nuancer l’image du Bruxellois grincheux face à sa LEZ.

Un dernier détail à connaître avant de reprendre le volant d’un vieux diesel : selon le fournisseur d’informations automobiles Moniteur Automobile, l’interdiction ne s’arrêtera pas aux Euro 5. Tous les diesels seront visés en 2030, et tous les véhicules à essence en 2035. Autant dire que la question de la boîte aux lettres qui se remplit de courriers verts risque de se reposer, encore et encore, pour d’autres générations de moteurs.