« Je pensais qu’en forêt publique on pouvait ramasser autant de champignons qu’on voulait tant qu’on n’en vendait pas » : ce que l’agent du DNF m’a répondu en vidant mon panier dans un seau gradué

Le fameux « pas de vente, donc pas de limite » ne tient pas la route face au Code forestier wallon. La quantité maximale autorisée pour la cueillette en forêt publique est fixée à dix litres par personne et par jour, vente ou pas vente. C’est précisément ce qu’un agent du Département de la Nature et des Forêts (DNF) a dû expliquer, seau gradué à l’appui, à un promeneur convaincu du contraire un matin d’automne dans les bois wallons.

La scène a de quoi surprendre celles et ceux qui pensaient que la forêt publique fonctionnait comme un self-service sans ticket de caisse. On imagine volontiers que seule la revente pose problème, façon marché noir de la chanterelle. Mais le droit forestier belge distingue deux choses bien différentes : l’interdiction de commercialisation, oui, et la limitation quantitative, qui elle s’applique à tout le monde, commerçant ou simple gourmand du dimanche.

À retenir
  • La limite légale de cueillette en forêt publique wallonne est de 10 litres par personne et par jour, indépendamment d’une intention commerciale.
  • Le prélèvement doit se faire entre le lever et le coucher du soleil et répond à une finalité non commerciale.
  • Les forêts communales exigent l’accord préalable du propriétaire et appliquent parfois des restrictions géographiques aux résidents.
  • La limite de 10 litres protège le mycélium souterrain et garantit la régénération des champignons pour les cueilleurs futurs.

Ce que dit vraiment le Code forestier wallon

Le prélèvement ne peut se faire qu’entre le lever et le coucher du soleil, ne peut répondre à une finalité commerciale, et la quantité maximum autorisée correspond au contenu d’un seau d’un volume de dix litres par personne et par jour. Ce plafond de dix litres n’est pas une estimation approximative glissée dans une brochure touristique : c’est la référence légale, celle-là même que l’agent du DNF utilise quand il sort son seau étalonné pour vérifier une récolte suspecte.

La cueillette en forêt domaniale, propriété de la Région wallonne, bénéficie d’un accord tacite du propriétaire public. Cet accord existe de manière générale dans les forêts domaniales de la Région wallonne, sauf en forêt de Soignes où la cueillette de champignons est interdite par souci de cohérence avec les règles des autres régions. Une exception qui a son importance pour les Bruxellois tentés de pousser jusqu’à la lisière sonégienne : là-bas, le panier reste vide, quelle que soit l’heure.

Pour les forêts communales, la règle se complique encore un peu. Il est nécessaire d’obtenir l’accord préalable du propriétaire, et certaines communes ont des règles plus restrictives comme la commune de Libin par exemple qui réserve la cueillette à ses habitants ou aux habitants des communes avoisinantes. Wellin et Daverdisse appliquent des restrictions similaires. Entre le 15 août et le 15 novembre, chaque habitant de ces communes peut cueillir dix litres maximum par jour à des fins non commerciales, un privilège réservé aux résidents et à leurs voisins immédiats. Un Liégeois de passage n’a donc théoriquement rien à y faire, même seau vide en main.

Pourquoi le seau gradué sort du coffre du 4×4

Les agents du DNF ne trimballent pas leur matériel de mesure par plaisir bureaucratique. La règle des dix litres existe pour une raison écologique concrète : au-delà d’un certain volume prélevé, le mycélium souterrain, cette structure qui produit les champignons année après année, finit par s’appauvrir. Un panier qui déborde, ce sont des générations de bolets ou de girolles compromises pour les cueilleurs suivants.

La chasse complique aussi la donne en automne, saison où promeneurs et chasseurs se croisent dans les mêmes sous-bois. L’autorisation de cueillette est suspendue lorsque la circulation en forêt est interdite en raison de l’exercice de la chasse, pour des raisons de sécurité. Un panneau ignoré, et voilà une seconde infraction qui s’ajoute au dépassement de quantité.

Les sanctions restent modérées comparées à d’autres pays voisins. Les amendes peuvent grimper jusqu’à 150 euros en cas d’infraction en Belgique, un montant qui refroidit sans ruiner. En France, le même écart de conduite expose à des peines nettement plus lourdes : de quoi relativiser la mésaventure du panier vidé, même si l’addition reste salée pour une matinée de balade.

Le geste de l’agent n’a rien d’arbitraire. Il applique une règle écrite noir sur blanc dans le Code forestier.

Éviter la mauvaise surprise avant de partir

Un coup d’œil au site WalOnMap avant de lacer les bottes permet de vérifier à qui appartient réellement le bois visé, domaniale, communale ou privée. Le SPW met ce site à disposition des citoyens, avec différentes couches d’informations dont la propriété des bois, accessible via le catalogue du géoportail en recherchant les limites administratives du DNF. Trois minutes de vérification qui évitent bien des malentendus avec un garde forestier peu commode.

Le seau reste l’unité de mesure officielle, pas le panier en osier ni le sac plastique du supermarché. Autant s’en munir directement, avec une graduation visible, pour savoir où l’on en est avant que quelqu’un d’autre ne fasse le calcul à sa place.

Reste un détail que peu de cueilleurs anticipent : la limite de dix litres s’applique par personne, pas par famille ni par voiture. Quatre promeneurs partis ensemble peuvent donc légalement rentrer avec quarante litres de champignons, à condition que chacun ait participé à la cueillette et non simplement porté le sac de son voisin.