Un SMS tombe, l’air parfaitement officiel : « amende routière impayée, réglez avant le 25 du mois sous peine de majoration ». Le lien renvoie vers une page qui ressemble à s’y méprendre au site des amendes routières belges. Mais ce n’est pas le SPF Justice qui vous écrit, mais un réseau de fraudeurs qui a copié jusqu’au moindre pixel d’un site officiel pour récupérer votre numéro de carte bancaire. Le phénomène explose en Belgique depuis le début de l’année, et les autorités multiplient les alertes.
À retenir
- Des SMS parfaitement convaincants prétendent provenir du SPF Justice avec des liens vers des sites frauduleux quasi-identiques aux vrais
- Les escrocs exploitent la panique naturelle face à une amende pour court-circuiter votre vigilance en quelques secondes
- Si vous avez cliqué et saisi vos données, une action dans la minute peut encore sauver votre compte bancaire
Un mécanisme simple, mais redoutablement efficace
Le principe du smishing (contraction de SMS et phishing) n’a rien de nouveau, mais son exécution s’est nettement affinée. Le smishing concerne une escroquerie similaire qui utilise toutefois des SMS plutôt que des e-mails, et comporte toujours un lien qui vous redirige vers un faux site web. Dans le cas qui nous occupe, l’expéditeur usurpe l’identité d’un service reconnu par tous les Belges qui ont déjà pris une contravention.
Le médiateur fédéral est clair sur ce point : les cybercriminels envoient de plus en plus de faux messages au nom des services publics, dont le site pour les amendes routières du SPF Justice. L’exemple cité par l’institution vise directement le site www.amendesroutieres.be et son article « Comment s’assurer de l’authenticité d’une amende routière ? », ironie du sort, le seul contenu que les escrocs n’ont jamais réussi à cloner correctement, faute d’accès aux vraies bases de données de la police.
Le SPF Justice lui-même a dû réagir publiquement face à la multiplication de ces tentatives. Le message est sans ambiguïté : de faux courriers électroniques circulent dans lesquels des données sont demandées à tort, prétendument au nom du SPF Justice ou de la cellule stratégique du ministre, et ces messages ne proviennent pas de l’administration mais constituent une tentative de fraude. Même son de cloche du côté de la police fédérale, confrontée depuis des années à des variantes du même stratagème : de faux e-mails circulent au nom de la Police Fédérale réclamant de payer une amende, parfois sous forme de rappel de retard de paiement, des messages de plus en plus « professionnels » mais qui restent des tentatives d’escroquerie.
Pourquoi vous, précisément, mordez à l’hameçon
Personne n’aime recevoir une amende. C’est exactement là que réside le génie pervers de cette arnaque : elle exploite une émotion universelle, la peur de payer plus si on tarde. Le Centre pour la Cybersécurité en Belgique constate d’ailleurs une hausse générale des signalements. Les dernières données communiquées par le Centre pour la cybersécurité en Belgique font état d’une forte hausse des signalements de cas de phishing depuis le début de cette année par rapport à 2025.
Le porte-parole du Centre décrit un procédé qui déborde largement le simple SMS. Les fausses amendes peuvent être laissées sur un pare-brise, ou arriver par mail avec un QR code pour régler un problème administratif, menant évidemment vers des sites frauduleux. le papier glissé sous l’essuie-glace, le SMS et le mail avec code QR appartiennent à la même famille d’arnaques, simplement adaptées au support. Le SPF Économie confirme cette tendance au « quishing » : les victimes sont invitées à scanner un code QR afin de payer une amende ou une facture fictive, et lorsqu’elles le font, elles tombent sur des sites de phishing ou doivent effectuer un paiement.
Ce qui a changé, c’est la qualité graphique des faux sites. Fini le temps des logos flous et des fautes d’orthographe grossières qui trahissaient l’arnaque en deux secondes. Les tentatives de phishing sont de plus en plus professionnelles, les escrocs n’hésitant pas à s’appuyer sur des technologies modernes telles que l’intelligence artificielle, ce qui les rend plus difficiles à reconnaître. Un clone de site officiel qui affiche les bonnes couleurs, le bon logo et une interface de paiement crédible suffit à endormir la méfiance de quelqu’un qui roule vite entre deux réunions et veut juste « régler ça » avant d’oublier.
Les bons réflexes, avant et après le clic
La règle d’or reste d’une simplicité biblique : aucune administration belge ne réclame un paiement urgent par SMS avec un lien direct. Le SPF Justice le répète noir sur blanc en conseillant de ne jamais entrer d’informations et de transférer le message suspect à suspect@safeonweb.be. Ce service, géré par le Centre pour la Cybersécurité, analyse chaque signalement et alimente une base de données publique consultable par tous.
Si le clic est déjà fait et que la carte a été renseignée, il faut agir dans la minute, pas dans l’heure. Le médiateur fédéral détaille la procédure d’urgence : si vous avez communiqué vos coordonnées bancaires ou celles de votre carte de crédit, appelez immédiatement Cardstop au 070 344 344 pour bloquer votre carte, et contactez votre banque pour éventuellement bloquer le dernier paiement. Chaque minute compte, car les fonds transitent souvent vers des comptes relais à l’étranger avant d’être introuvables.
Un dernier réflexe, trop souvent oublié : porter plainte, même pour un petit montant. La police fédérale invite les victimes à contacter la police ou rapporter les faits en ligne via meldpunt.belgie.be. Ces signalements, mis bout à bout, permettent parfois de repérer des vagues d’attaques coordonnées et d’alerter plus vite les opérateurs télécoms, qui peuvent bloquer les numéros à l’origine des SMS frauduleux. Un geste individuel qui, multiplié par des milliers de Belges vigilants, finit par rendre la vie plus dure aux escrocs.