Quand un médecin generaliste ou un gynecologue propose de changer de pilule sans raison medicale apparente, la question a poser n est pas « quelle marque » mais « quel progestatif ». Sous le nom commercial imprime en gros sur la boite, une ligne plus discrete indique la molecule active et, indirectement, la generation de la pilule. C est cette mention, souvent ignoree des patientes, qui determine le niveau de risque thromboembolique, c est a dire la probabilite de developper un caillot sanguin.
À retenir
- La marque de pilule n’est qu’une façade : c’est le progestatif qui détermine le vrai risque
- Les pilules de 2e génération restent les plus sûres selon les autorités sanitaires belges
- Passer d’une génération à l’autre sans justification médicale augmente votre risque thromboembolique
Ce qui se cache sous le nom de marque
Les pilules oestroprogestatives sont classees en generations selon la nature du progestatif qu elles contiennent, et non selon leur date de mise sur le marche ou leur marque commerciale. Les contraceptifs oraux combinés dits de 2ème génération contiennent comme progestatif du lévonorgestrel ou du norgestrel et sont commercialisés depuis 1973. Vient ensuite une famille plus recente : les contraceptifs oraux combinés dits de 3ème génération contiennent du désogestrel, du gestodène ou du norgestimate et ont été mis sur le marché à partir de 1984. Enfin, une derniere categorie, parfois appelee 4e generation, regroupe des molecules plus recentes encore : elles contiennent de la drospirénone, de la chlormadinone, du diénogest ou du nomégestrol et sont apparues en 2001.
Deux pilules de marques totalement differentes peuvent donc contenir le meme progestatif, tandis que deux boites qui se ressemblent visuellement peuvent cacher des molecules aux profils de risque tres eloignes. Le detail qui compte n est jamais le logo sur l emballage, c est la ligne « principe actif » sur la notice.
Pourquoi la generation change vraiment la donne
La difference n est pas cosmetique. Le risque thrombo-embolique veineux est supérieur pour les pilules de 3e génération par rapport aux pilules de 2e génération. Pour la 4e generation, les etudes epidemiologiques vont dans le meme sens : le risque thrombo-embolique veineux associé à ces dernières était plus élevé que celui associé aux pilules de 2e génération et pourrait être similaire à celui associé aux pilules de 3e génération. C est d ailleurs la raison pour laquelle les autorites sanitaires, en France comme en Belgique, recommandent de prescrire en priorite les molecules les plus anciennes chez les nouvelles utilisatrices.
En Belgique, l Agence federale des medicaments et des produits de sante (AFMPS) a formalise cette hierarchie dans une check-liste destinee aux prescripteurs : les contraceptifs hormonaux combinés contenant de l’éthinylestradiol en association avec du lévonorgestrel, du norgestimate ou de la noréthistérone sont considérés comme ceux qui présentent le risque thromboembolique veineux le plus faible. Le document est clair sur la marche a suivre : le choix d’utiliser tout contraceptif hormonal combiné autre que l’un de ceux présentant le plus faible risque de thrombose veineuse doit être fait uniquement en concertation avec la patiente. si votre medecin vous fait basculer vers une molecule plus recente sans discussion sur les benefices attendus, la question merite d etre posee franchement.
Ramene a l echelle du pays, ce risque reste statistiquement faible mais loin d etre negligeable vu le nombre de femmes concernees. Près d’un million de femmes avaient recours à un contraceptif hormonal en Belgique en 2019, et selon un gynecologue anversois cite par La Libre, la majorité des pilules prescrites, celles dites de troisième et quatrième génération, sont aussi celles qui entraînent le plus grand risque de thromboses veineuses. Concretement, la probabilité de contracter une thrombose veineuse oscillerait en Belgique entre 0,03 % et 0,04 % par an pour les femmes utilisatrices de pilule de 3e génération : rare, donc, mais pas anodin quand on parle de centaines de milliers d utilisatrices.
Un autre point technique merite l attention : le moment ou l on change de pilule est lui-meme a risque, independamment de la generation visee. L AFMPS le rappelle explicitement dans sa documentation de 2013 : le risque de thrombose est le plus eleve au cours de la première année de traitement, et en cas de passage d’un contraceptif oral d’une génération à un contraceptif oral d’une autre génération. Changer de pilule n est donc jamais un geste totalement neutre, meme quand la nouvelle molecule est reputee plus sure.
Ce que cela change concretement pour votre portefeuille et votre sante
En Belgique, le systeme de remboursement encourage d ailleurs implicitement le recours aux molecules les plus anciennes. L INAMI, l organisme qui gere l assurance maladie, precise sur son site que de nombreux contraceptifs de « 2e génération » sont gratuits si vous avez moins de 25 ans ou si vous bénéficiez de l’intervention majorée. Et pour celles qui voudraient rester sur une pilule plus recente tout en maitrisant le budget, il existe des alternatives génériques aux contraceptifs de « 3e génération ». Une piste a explorer avec son pharmacien avant d accepter un changement de marque qui, souvent, ne fait que remplacer une molecule de 2e generation par une de 3e ou 4e generation vendue plus cher.
Dans la pratique, la bonne question a poser lors d une consultation n est donc jamais « pourquoi cette marque plutot qu une autre », mais bien « quel est le progestatif de cette nouvelle pilule, et pourquoi passer d une generation a une autre alors que tout allait bien ». Un changement justifie (mauvaise tolerance, acne persistante, migraines, projet de grossesse) se discute normalement en quelques phrases claires. Un changement motive par une rupture de stock, une preference de laboratoire ou une simple habitude de prescription merite, lui, d etre questionne, surtout si la nouvelle boite affiche discretement drospirenone, desogestrel ou gestodene la ou l ancienne indiquait levonorgestrel.
Le risque reste, dans l absolu, modeste face a d autres realites medicales : une grossesse multiplie le risque thromboembolique bien davantage que n importe quelle generation de pilule, et le tabagisme apres 35 ans pese plus lourd que le choix de la molecule elle-meme. Mais entre deux pilules qui se ressemblent sur l emballage, celle qui contient du levonorgestrel reste, boite pour boite, la plus documentee et la mieux classee par les autorites sanitaires belges.
Sources : inami.fgov.be | sante-solidarite.be | sante-sur-le-net.com