Trois rues sans lumière, ça semblait raisonnable. C’était sans compter sur un agent qui, lui, ne fait pas dans la nuance : 58 euros de perception immédiate, carnet à souche et sourire poli. La loi belge ne connaît pas la notion de « presque arrivé » quand il s’agit d’éclairage vélo, et c’est précisément ce point qui surprend le plus de cyclistes verbalisés.
Le Code de la route est pourtant clair sur ce qu’il exige entre la tombée du jour et son lever. Entre la tombée et le lever du jour ainsi qu’en toute circonstance où il n’est plus possible de voir distinctement jusqu’à une distance d’environ 200 mètres, les cyclistes doivent utiliser à l’avant et à l’arrière un feu fixe ou clignotant non éblouissant, blanc ou jaune à l’avant, rouge à l’arrière. Ce feu arrière doit en plus être suffisamment puissant : le feu rouge arrière doit être visible la nuit par atmosphère limpide, à une distance minimale de 100 mètres. Trois rues plongées dans le noir, sans ce dispositif actif, suffisent donc largement à tomber sous le coup de la loi.
Pas de tolérance kilométrique.
La police fédérale le rappelle régulièrement dans ses communications de sensibilisation, et le constat est sans appel : trop peu de cyclistes sont en règle au point de vue des feux obligatoires. L’idée reçue selon laquelle un simple réflecteur ou une veste fluo suffirait à passer inaperçu aux yeux de la police a la vie dure. Pourtant, certains cyclistes pensent que les catadioptres obligatoires, voire une veste fluo, suffisent à être vu, alors que ces éléments passifs ne remplacent jamais un feu allumé et actif.
- Rouler à vélo sans éclairage la nuit constitue une infraction du premier degré en Belgique, sanctionnée par une amende de 58 €.
- La loi exige un feu fixe ou clignotant blanc/jaune à l’avant et rouge à l’arrière, visible à 100 mètres minimum la nuit.
- Aucun seuil de distance n’existe : même trois rues sans lumière suffisent à être verbalisé, dès le premier mètre parcouru sans feu allumé.
Pourquoi précisément 58 euros ?
Le montant n’a rien d’arbitraire, il correspond à un barème précis. Rouler à vélo la nuit sans éclairage est classée comme infraction du premier degré, la catégorie la plus légère du Code de la route belge, mais une catégorie tout de même sanctionnée. Un site spécialisé dans les amendes routières confirme le montant exact appliqué sur le terrain : pour les vélos sans éclairage la perception immédiate est de 58€, l’amende standard pour une infraction au premier degré.
L’agent qui remplit son carnet applique donc un tarif fixe, sans marge de négociation sur le montant lui-même. Ce qui reste possible, en revanche, c’est la clémence sur le moment : la police vous laissera d’abord l’occasion de remplacer l’ampoule sur place dans certains cas de panne isolée. Mais pour une absence totale d’éclairage sur plusieurs rues, difficile d’invoquer l’ampoule grillée par malchance. Refuser de payer sur-le-champ n’efface pas non plus le problème : le dossier peut alors glisser vers le tribunal de police, avec un plafond légal qui grimpe nettement plus haut que les 58 euros de départ.
Le chiffre paraît modeste comparé à d’autres amendes vélo qui circulent en ce moment. Le téléphone au guidon combiné à un éclairage défaillant peut faire grimper la note bien plus haut : une adolescente bruxelloise racontait récemment avoir écopé de 330 euros pour l’usage du téléphone au guidon et l’absence de lumières adéquates, un cumul qui a fait réagir sa mère sur les réseaux sociaux. Rouler sur le trottoir en agglomération coûte aussi cher : cette infraction était de 176 euros auparavant et est passée à 201 euros depuis 2026. Le défaut d’éclairage seul reste donc, comparativement, l’une des sanctions les plus légères du catalogue cycliste.
Les contrôles, eux, ne faiblissent pas.
Un contrôle qui n’a rien d’exceptionnel
Loin d’être une anecdote isolée, ce genre d’interpellation s’inscrit dans une tendance de fond. Un article consacré aux règles à vélo notait déjà que depuis quelques années, les contrôles policiers visant les cyclistes semblent se multiplier, particulièrement en soirée quand la visibilité chute. Un comparatif publié par une enseigne spécialisée dans le matériel sportif donnait un ordre de grandeur pour situer l’ampleur du phénomène : en journée, il est tout de même rare de voir le dispositif lumineux de son vélo contrôlé, mais en soirée ou à la nuit tombée, c’est plus courant, et durant le premier semestre 2020, quelque 552 p.-v. ont été dressés en Belgique à l’encontre de cyclistes roulant sans éclairages. Ce chiffre date d’avant la vague d’usage du vélo post-pandémie, et rien n’indique que la tendance se soit inversée depuis.
L’argument de la distance parcourue sans éclairage ne pèse d’ailleurs rien face à la loi. Le texte réglementaire ne fixe aucun seuil kilométrique de tolérance, il impose l’équipement dès la tombée du jour, point final. Trois rues ou trente kilomètres, l’infraction est constituée de la même façon dès le premier mètre parcouru dans l’obscurité sans feu allumé.
Aucun retrait de points ne vient s’ajouter à la sanction financière, contrairement à ce que beaucoup imaginent par réflexe automobiliste. Un guide dédié aux infractions cyclistes le confirme sans détour : une amende à vélo n’enlève aucun point, et les montants restent raisonnables tant qu’on connaît les règles. C’est là toute la nuance de l’histoire : la sanction pique le portefeuille, pas le permis, et surtout elle vise un vrai risque. Un cycliste invisible la nuit ne se voit tout simplement pas à temps par un automobiliste, quel que soit le nombre de rues parcourues sans encombre avant le contrôle.
Un feu avant à 8 euros et un feu arrière à moins de 10 euros dans n’importe quelle grande surface de sport suffisent à éviter ce genre de mésaventure. Le calcul est vite fait : mieux vaut cet investissement minime que les 58 euros glissés dans le carnet à souche d’un agent, un soir où l’on pensait, à tort, ne prendre aucun risque.
Sources : mon-assurance-auto.be | bruxellestoday.be