Pourquoi les Gilles de Binche lancent des oranges : origine, signification et règles à connaître le Mardi gras

Les Gilles de Binche lancent des oranges pour les offrir. Dans la tradition locale, le fruit est un cadeau, un vœu de chance et de prospérité envoyé à la foule en plein cœur de l’hiver. Le prochain Mardi gras tombe le 9 février 2027, et mieux vaut savoir ce qu’on risque de recevoir en pleine poire.

À retenir
  • Les oranges symbolisent un cadeau de chance et de prospérité envoyé à la foule en plein hiver.
  • Le fruit exotique, arrivé d’Espagne ou d’Italie, était considéré comme un présent de valeur à l’époque.
  • Une orange reçue à Binche ne se renvoie jamais, car la relancer au Gille passe pour une grave offense.
  • Chaque Gille finance lui-même ses oranges, ce qui explique l’importance du geste.

Une légende de 1549 et un fruit venu du Sud

L’origine la plus souvent citée renvoie à 1549. Cette année-là, Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas pour son frère Charles Quint, reçoit à Binche son neveu, le futur Philippe II, lors de fêtes somptueuses. Selon la légende, des danseurs costumés en Incas, plumes sur la tête, y auraient figuré, d’où le grand chapeau à plumes d’autruche des Gilles. Les historiens restent prudents : le lien direct entre ces festivités et le Gille actuel n’est pas établi, et les premières mentions du personnage sont bien plus tardives.

Pour l’orange, l’explication est encore moins documentée. Fruit exotique, arrivé d’Espagne ou d’Italie, il passait pour un présent de valeur, et sa couleur dorée évoque le soleil qui revient avant le printemps.

L’UNESCO a classé le carnaval en 2003, puis l’a inscrit en 2008.

Quand et comment les oranges volent

Le lancer a lieu l’après-midi du Mardi gras, pendant le grand cortège. Le matin, les Gilles dansent sans chapeau au son des tambours, puis ils coiffent leurs plumes d’autruche pour l’après-midi. Ils puisent alors dans un panier et lancent les fruits à la main vers le public, tandis que leurs sabots frappent le sol et que la ceinture de grelots, les apertintailles, tinte à chaque pas.

Le geste est généreux, et parfois musclé. Les commerçants du centre protègent généralement leurs vitrines avec des panneaux avant le passage du cortège, et les riverains qui ouvrent une fenêtre s’exposent à voir une orange atterrir dans leur salon. Les premiers rangs reçoivent les tirs les plus nourris, ce qui incite à placer les jeunes enfants et les poussettes en retrait. Le sol, lui, finit couvert de fruits écrasés, glissants pour qui n’a pas de bonnes chaussures.

Les règles à respecter le jour J

Une orange reçue à Binche ne se renvoie jamais.

Relancer le fruit vers un Gille passe pour une offense, puisqu’on ne rend pas un cadeau. Autre règle, plus évidente qu’il n’y paraît : on ne touche ni au costume ni au chapeau, lourds, fragiles et chargés de sens pour ceux qui les portent. Quant à se déguiser en Gille sans y avoir droit, c’est très mal vu, le costume étant réservé à ceux que les sociétés locales reconnaissent.

Côté logistique, les rues du centre sont fermées à la circulation pendant les festivités, ce qui rend le train bien plus raisonnable que la voiture. Arrivez tôt si vous tenez à une place avec vue sur le cortège, car les trottoirs se remplissent longtemps avant le passage des premiers Gilles. Le programme détaillé et les horaires sont publiés par la Ville de Binche avant l’événement.

Dernier détail qui change le regard sur ces fruits : selon l’usage, chaque Gille finance lui-même ses oranges. Celles qui vous frappent l’épaule ont donc été payées de sa poche, d’où l’étonnement de certains quand elles sont renvoyées.