La canicule de juin 2026 a battu des records en Belgique. À Uccle, 35,3°C enregistrés en une seule journée, des avertissements oranges sur quasi tout le territoire, et des températures nocturnes qui ne redescendent que légèrement. Dans ce contexte, des milliers de Belges ont fait la même erreur : garder les volets grands ouverts, persuadés qu’il fallait « laisser respirer » la maison. Un voisin attentionné m’a montré son réflexe quotidien. Depuis, ma chambre a changé de planète.
À retenir
- Pourquoi laisser les volets ouverts pendant la canicule aggrave exactement ce que vous cherchez à éviter
- Le réflexe simple que les Belges ont oublié, mais que le sud de l’Europe pratique depuis des siècles
- Comment inverser complètement votre stratégie entre le jour et la nuit pour retrouver un confort de sommeil
L’erreur que commet la moitié de la Belgique
Nombreux sont ceux qui, en partant travailler, laissent les fenêtres ouvertes pour la journée. Pour aérer, faire entrer l’air frais, se sentir mieux. Rien de plus faux. En rentrant d’un bureau climatisé, on retrouve chez soi une chaleur suffocante au lieu d’un appartement aéré.
L’intuition est pourtant compréhensible. En Belgique, on a été conditionnés pendant des décennies à ouvrir grand les fenêtres dès qu’il fait beau. Le pays ne disposait historiquement pas d’une culture du volet fermé, contrairement aux régions méditerranéennes qui ont appris depuis des siècles à se battre contre la chaleur. Le secret des habitants du sud de l’Europe, ce sont précisément les volets, qui empêchent efficacement la surchauffe de l’intérieur de la maison. Ici, on les confondait trop souvent avec un simple outil de sécurité ou d’obscurité.
Le mécanisme physique est pourtant implacable. Les fenêtres absorbent le soleil et peuvent très vite transformer votre maison ou votre appartement en fournaise. C’est surtout à l’extérieur qu’il faut bloquer les rayons solaires, car une fois que la lumière touche la vitre, elle se transforme en chaleur, créant un effet de serre. Selon l’ADEME, une fenêtre non protégée peut laisser entrer jusqu’à 80 % du rayonnement solaire, faisant monter la température d’une pièce de plusieurs degrés en l’espace de quelques heures seulement.
Volets entrouverts ? Pas mieux. Lorsque l’air extérieur est plus chaud que l’air intérieur, laisser des fentes dans les volets ne crée pas une ventilation rafraîchissante. Cela fait surtout entrer de l’air chaud dans le logement, aggravant exactement ce qu’on cherche à éviter. L’analogie est simple : entrouvrir les volets en pleine canicule, c’est un peu comme laisser la porte d’un réfrigérateur entrouverte en espérant qu’il refroidisse mieux.
Le réflexe du voisin : fermer tôt, ouvrir tard
Ce que mon voisin faisait chaque matin dès 8h, fermer méthodiquement tous les volets de son côté ensoleillé avant même de prendre son café — repose sur un principe simple que les autorités belges elles-mêmes recommandent. Il faut fermer les fenêtres et les rideaux des façades exposées au soleil tant que la température extérieure est supérieure à la température intérieure, et ne les ouvrir que lorsque la plus grosse chaleur est passée, c’est-à-dire tôt le matin, en soirée et pendant la nuit.
Une fermeture totale des protections solaires avant le plein ensoleillement permet de réduire la température intérieure de 5°C par rapport à l’extérieur. Cinq degrés. La différence entre supporter et ne plus pouvoir dormir.
La règle de base est d’une simplicité désarmante : tout repose sur un réflexe unique à intégrer, comparer la température extérieure et intérieure avant d’agir. Si l’air dehors est plus chaud qu’à l’intérieur, volets fermés à fond et fenêtres closes sans exception. Si l’air dehors est plus frais, on ouvre en grand et on profite de chaque degré gagné.
Dès qu’une alerte canicule est annoncée, mieux vaut agir la veille : aérer un maximum le logement pendant la nuit pour faire baisser la température des murs et du mobilier, puis fermer rapidement volets et fenêtres dès les premières chaleurs du matin. Un logement qui démarre la journée déjà frais résiste beaucoup mieux à la montée du mercure.
L’orientation des façades compte aussi. Les façades exposées plein sud et plein ouest encaissent le rayonnement solaire le plus intense de la journée et doivent être protégées en priorité, tandis qu’une façade nord reste souvent plus fraîche et peut bénéficier d’une gestion différente.
La nuit, c’est tout l’inverse : ouvrez tout
La ventilation nocturne est la face cachée de cette stratégie. Elle conditionne directement la fraîcheur du lendemain, et on la sous-estime systématiquement.
La nuit, il faut ouvrir tout, surtout les fenêtres opposées, afin de créer un courant d’air qui rafraîchira votre habitation. Faire entrer de l’air frais permet de refroidir les murs, les plafonds, les planchers qui emmagasinent de la chaleur toute la journée. L’air en mouvement, en favorisant l’évaporation de la transpiration, procure une agréable sensation de fraîcheur.
Dès que la température extérieure redescend en dessous de la température intérieure, souvent à partir de 21h-22h lors des canicules, il faut ouvrir en grand volets et fenêtres pour laisser entrer l’air frais. Pour ceux qui vivent dans une maison à plusieurs niveaux, ouvrir les fenêtres en bas et en haut crée un effet cheminée naturel : l’air chaud monte et est plus vite évacué, poussé par l’air froid qui pénètre par les fenêtres de l’étage inférieur.
Il peut aussi être indiqué de suspendre un drap humide devant une fenêtre ouverte, ou d’humidifier légèrement les rideaux. Pas de high-tech, pas de climatisation hors de prix : juste de la physique et du bon sens.
Ce que la Belgique construit (enfin) pour demain
Au-delà des gestes individuels, la question dépasse le simple réflexe du volet. Conçus pour garder la chaleur en hiver, certains bâtiments belges étouffent en été, poussant les Belges à recourir à la climatisation. Pour inverser cette tendance et face à des vagues de chaleur plus fréquentes, la réglementation PEB intègre désormais un indicateur de surchauffe lors des travaux.
Et l’enjeu financier n’est pas négligeable. Lors de la dernière vague de chaleur, une pointe inhabituelle a été constatée dans la consommation des ménages belges. Avec 12 gigawatts, on s’est retrouvé à un niveau habituellement observé en hiver plutôt qu’en été, un pic que l’on doit très probablement à un usage accru de la climatisation. Si la climatisation apporte un confort immédiat, elle augmente aussi la consommation électrique et contribue au réchauffement urbain lorsqu’elle rejette de l’air chaud à l’extérieur.
Fermer ses volets à 8h du matin, c’est donc aussi un acte économique et, d’une certaine façon, solidaire. Le geste que mon voisin pratique depuis des années sans y penser deux fois me semblait anodin. Il s’avère que c’est l’un des rares cas où faire moins, fermer, calfeutrer, bloquer, produit concrètement plus de confort que faire plus. La prochaine fois que le mercure grimpe, je n’aurai plus besoin qu’on me le rappelle.
Sources : elephant-maison.com | leroidelafenetre.fr