Un récupérateur d’eau de pluie non couvert est aujourd’hui l’un des meilleurs alliés du moustique tigre pour s’installer durablement en Belgique. Cet insecte originaire d’Asie du Sud-Est ne pond pas dans les rivières ni dans les étangs naturels : il lui faut de petites quantités d’eau parfaitement stagnante, à l’abri du vent et de la lumière directe. Un tonneau ouvert sous une gouttière, avec ses feuilles en décomposition et son eau tiède, correspond exactement à ce cahier des charges. Résultat : ce geste écologique en apparence anodin, installer une cuve pour arroser le jardin, peut se transformer en véritable nurserie si on oublie d’y penser deux minutes.
À retenir
- Le moustique tigre détecté dans 40 communes belges depuis 2022, avec une accélération inquiétante en 2025
- Il hiverne désormais en Belgique et s’établit localement, contredisant les prévisions climatiques initiales
- Vos récupérateurs d’eau non couverts sont des nurseries idéales, mais une simple moustiquaire suffit à l’arrêter
Une progression communale after communale, année après année
Le phénomène n’a plus rien d’anecdotique. En 2024, le moustique tigre a été détecté dans 21 communes belges, réparties en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. La tendance ne faiblit pas : en 2025, les signalements du public ont confirmé la présence de moustiques tigres dans dix communes belges, dont cinq où l’espèce n’avait jamais été recensée auparavant. Depuis le début de la surveillance en 2022, le moustique tigre a déjà été observé dans 40 communes.
Les nouvelles arrivées de 2025 se répartissent entre la Flandre et Bruxelles : Heusden, Kortenberg et Zaventem en Flandre, ainsi qu’Etterbeek et Watermael-Boitsfort à Bruxelles. Plus inquiétant encore pour les entomologistes : l’insecte ne se contente plus de passages estivaux, il survit désormais à l’hiver belge. Les inspections de terrain menées en 2025 ont confirmé que le moustique tigre hiverne à Saint-Josse-ten-Noode, Wijnegem et Hoegaarden, ce qui porte à huit le nombre de communes belges où l’espèce commence à s’établir localement, aux côtés d’Ath, Kessel-Lo, Puurs-Sint-Amands, Wilrijk et Lebbeke. Comme le résume Javiera Rebolledo Romero, chercheuse à Sciensano, chaque année, le moustique tigre est signalé dans de nouveaux endroits, et il est probable qu’il soit présent dans davantage de lieux en Belgique que ce qui a été confirmé jusqu’ici.
Ce qui frappe, c’est le rôle central des jardins privés dans cette expansion silencieuse. L’implication du public est cruciale pour la surveillance du moustique tigre, car cette espèce se trouve souvent dans des jardins privés en zones (sub)urbaines et dans des villages. Sans ces signalements, sa présence resterait probablement indétectée dans de nombreux endroits. c’est votre terrasse, votre récupérateur d’eau ou celui du voisin qui écrit une bonne partie de la carte belge de ce moustique. Les zones urbaines et périurbaines sont d’ailleurs particulièrement propices : elles offrent la combinaison idéale de nombreux gîtes larvaires artificiels et de températures plus élevées, un peu comme si le béton et les pavés belges faisaient office de radiateur discret pour les larves.
Pourquoi le récupérateur d’eau est un piège si efficace
L’histoire du moustique tigre en Europe commence loin des jardins belges. Originaire des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, ce moustique a entamé sa carrière mondiale dans les années 1970, à la faveur du commerce international, en voyageant notamment dans les pneus usagés contenant un fond d’eau de pluie et dans les plantes ornementales asiatiques comme le bambou de la chance. L’Italie a été le premier pays européen envahi, dès 1990, suivie par le sud de la France, l’Espagne et la Suisse. La Belgique a longtemps été épargnée, son climat étant jugé trop frais, un argument qui tient de moins en moins avec le réchauffement des étés belges.
Sur le terrain, le mécanisme est d’une simplicité presque insultante. Le moustique tigre a un point faible : il pond uniquement dans de petites quantités d’eau stagnante, jamais dans les rivières ni les étangs naturels, mais dans des soucoupes, des seaux oubliés, des récupérateurs d’eau mal couverts. Les bassins d’agrément, eux, ne posent généralement pas de problème : si l’eau bouge un peu grâce à une pompe ou une fontaine, ou si des poissons rouges y vivent, le moustique tigre n’y pondra pas, car les larves sont mangées et le tigre privilégie l’eau parfaitement stagnante. C’est bien là toute la nuance : ce n’est pas l’eau de pluie qui est le problème, c’est l’eau qu’on laisse dormir sans surveillance.
Les autorités communales l’ont bien compris. La Ville de Bruxelles rappelle que pour sa reproduction, le moustique tigre affectionne l’eau stagnante dans des récipients artificiels comme les bols, les pots ou les tonneaux de pluie, et recommande une solution simple : équiper les tonneaux récupérateurs d’eau de pluie d’une moustiquaire à mailles très fines.
Les gestes qui coupent le cycle en une génération
La bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que ce moustique se contrôle plus facilement qu’on ne le croit. Il ne vole pas loin et vit peu de temps, ce qui signifie qu’un moustique aperçu sur une terrasse est né tout près, probablement dans le jardin lui-même ou chez le voisin direct. La prévention paie donc vite, et elle ne demande ni produit chimique ni matériel coûteux : une moustiquaire fine tendue et fixée par un élastique sur l’ouverture du récupérateur, une soucoupe vidée après chaque pluie, une gouttière débouchée des feuilles qui y traînent depuis l’automne. Trois vérifications, un quart d’heure par semaine en période chaude, et la pression retombe nettement.
Reste un détail que peu de gens connaissent : même un récupérateur fermé d’un couvercle n’est pas toujours étanche au moustique, qui peut se glisser par l’ouverture de la gouttière elle-même. La parade consiste alors à tendre un tissu ou une moustiquaire directement entre la sortie de la gouttière et la surface de l’eau, et pas seulement sur le couvercle du tonneau. Sciensano et l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers continuent d’appeler les citoyens à photographier tout moustique suspect et à le signaler via la plateforme SurveillanceMoustiques.be : chaque photo alimente une carte qui, commune après commune, dessine la progression réelle de cet insecte venu d’ailleurs et désormais bien installé chez nous.
Source : lemondededemain.fr