Laver sa voiture devant son garage avec le tuyau et un seau de flotte savonneuse, c’est un rituel du samedi matin presque aussi belge que la frite du dimanche. Le problème, c’est que ce geste banal peut vous coûter une amende salée, parce que dans la quasi-totalité des communes du pays, un règlement de police interdit purement et simplement de laver son véhicule sur la voie publique.
À retenir
- Presque toutes les communes belges ont un règlement interdisant le lavage automobile sur la voie publique
- L’eau savonneuse contient bien plus que du savon : huiles, résidus de plaquettes, particules qui polluent directement les cours d’eau
- Les montants des amendes varient selon les communes, mais certaines appliquent des barèmes particulièrement lourds en cas d’écoulement direct
Un règlement de police qui ne fait pas de sentiment
La plupart des gens l’ignorent, mais chaque commune belge dispose de son propre règlement général de police, et presque toutes contiennent une clause sur le sujet. Presque tous les règlements municipaux stipulent qu’il est interdit de laver sa voiture sur la voie publique, et quiconque ne respecte pas cette interdiction peut s’attendre à se voir infliger une lourde amende. Même chose si vous préférez votre cour ou un parking : quiconque préfère laver sa voiture dans sa propre cour ou dans un parking rencontrera des problèmes presque partout en Belgique.
À Bruxelles, le règlement général de police est particulièrement clair sur la question de l’eau. Il est interdit de souiller de quelque façon que ce soit les voies d’eaux, rivières, canaux, étangs, bassins, fontaines et égouts, et sauf autorisation de l’autorité compétente, il est également interdit de s’y baigner, d’y baigner des animaux ainsi que d’y laver ou d’y tremper quoi que ce soit. Le texte ne parle pas spécifiquement de carrosserie, mais l’esprit est limpide : ce qui finit dans le caniveau finit dans le réseau, et le réseau n’est pas censé recevoir votre shampoing auto parfum pomme verte.
Ce n’est pas « juste de l’eau savonneuse »
C’est là que beaucoup de conducteurs se plantent, en pensant sincèrement que mousser un peu de savon sur leur pare-chocs n’a rien de grave. Mais l’eau qui ruisselle de votre carrosserie n’est jamais neutre : elle embarque des huiles, des résidus de plaquettes de frein, des particules de caoutchouc, parfois des traces de carburant, et les surfactants du détergent lui-même. Direction la bouche d’égout la plus proche, puis, selon le réseau, le cours d’eau du coin sans aucun traitement préalable.
Certaines communes vont plus loin que le simple règlement de police et exigent carrément un permis d’environnement dès qu’un lavage risque de polluer une eau de surface. Le règlement de la commune de Donceel, par exemple, sanctionne explicitement le fait de nettoyer un véhicule à moteur, une machine ou d’autres engins similaires dans une eau de surface ordinaire ou à moins de 10 mètres de celle-ci alors que le produit nettoyant est susceptible de s’y écouler sans disposer du permis d’environnement requis. Concrètement : si votre allée débouche à moins de dix mètres d’un ruisseau, sortir le Kärcher peut littéralement vous coûter une infraction environnementale, pas juste une amende de voisinage.
Les montants varient d’une commune à l’autre, mais donnent une idée du sérieux avec lequel les autorités locales traitent la question. À Donceel toujours, les sanctions administratives communales liées aux infractions environnementales oscillent entre 50 euros pour une infraction de quatrième catégorie et 150 euros pour une infraction de troisième catégorie. D’autres communes appliquent des barèmes plus lourds, notamment en cas de récidive ou si l’agent constate un déversement direct dans un avaloir. Le principe général reste le même partout : c’est une sanction administrative communale (SAC), infligée par un fonctionnaire sanctionnateur, sans passer par le tribunal.
Côté professionnel, la règle est encore plus stricte
Si vous pensiez contourner le problème en ouvrant un petit business de lavage à domicile pour arrondir les fins de mois, mauvaise nouvelle. Bruxelles Environnement rappelle que dès qu’une activité de lavage devient régulière ou commerciale, elle tombe sous le régime du permis d’environnement, avec des obligations précises sur le traitement des eaux usées. Si les conditions prévues dans le permis d’environnement ne sont pas respectées, l’exploitant est en infraction et risque des sanctions, amende, interdiction d’utilisation, voire peine de prison. Les stations de lavage professionnelles, elles, disposent de séparateurs d’hydrocarbures et de systèmes de recyclage qui filtrent ce que votre tuyau de jardin ne filtrera jamais.
Et en cas de sécheresse, l’interdiction devient carrément nationale
La Belgique n’a plus le luxe de considérer l’eau comme une ressource illimitée. Dès qu’un épisode de sécheresse s’installe, les autorités régionales activent des mesures de restriction qui touchent directement le lavage automobile. Le Centre de Crise national le formule sans ambiguïté parmi les mesures appliquées : interdiction de laver sa voiture. Cette règle s’ajoute alors aux règlements communaux habituels, avec des contrôles renforcés durant les périodes estivales où les nappes phréatiques et les cours d’eau wallons ou flamands sont déjà sous tension.
L’ironie, c’est que le réflexe du lavage maison, censé économiser quelques euros par rapport à une station, finit souvent par consommer davantage d’eau qu’un passage en portique professionnel. Les installations agréées utilisent des débits calibrés et recyclent une bonne partie de leur eau, alors qu’un tuyau de jardin ouvert en grand pendant vingt minutes peut engloutir plusieurs centaines de litres sans le moindre contrôle.
La solution la plus simple reste la station de lavage
Passer par une station professionnelle ou un car-wash agréé règle en une seule opération les deux problèmes, légal et écologique. Ces installations sont équipées pour capter et traiter les eaux souillées avant tout rejet, un luxe qu’aucun trottoir résidentiel ne peut offrir. Pour les inconditionnels du lavage à la main, la seule vraie parade consiste à récupérer intégralement l’eau de rinçage, par exemple dans un bac de rétention relié à une fosse, plutôt que de laisser tout filer vers l’avaloir le plus proche.
Un dernier détail amusant mérite d’être connu avant de ranger définitivement le seau : dans plusieurs communes, l’interdiction ne vise pas que l’eau sale. Certains règlements sanctionnent aussi le simple fait d’effectuer des réparations mécaniques ou un entretien de carrosserie sur la voie publique, en dehors d’un dépannage d’urgence. ce n’est pas seulement le savon qui pose problème à l’administration communale, c’est toute l’idée de transformer le trottoir en garage à ciel ouvert.
Sources : facebook.com | environnement.brussels