La semaine du 21 juin 2026 restera dans les mémoires. Selon le météorologue Pascal Mormal, l’épisode caniculaire de juin 2026 ressemble à une synthèse de trois événements majeurs : la vague de chaleur de juin-juillet 1976 avec ses quinze jours à plus de 30 °C, la canicule de 2003 marquée par son intensité extrême, et l’épisode de juillet 2019 où la Belgique a dépassé les 40 °C pour la première fois de son histoire. Durée, intensité et précocité réunies, c’est du jamais-vu. Et au milieu de tout ça, les réseaux sociaux ont redécouvert un geste que les grands-mères namuroises et liégeoises pratiquaient sans même y penser : fermer les volets bien avant que le soleil ne soit à son zénith. Pas par caprice. Par science.
À retenir
- Les anciens fermaient les volets à 8-9h du matin, pas quand ils avaient chaud
- Chaque façade a son heure optimale de fermeture selon son orientation
- Les maisons modernes sont plus vulnérables aux canicules que les anciennes en pierre
Une canicule qui dépasse le cadre habituel du climat belge
Les températures ont grimpé fortement dès le 22 juin 2026 en Belgique, avec des maxima de 28 °C à la côte et en Haute Ardenne, mais jusqu’à 34 °C dans les régions proches de la frontière française. Les journées les plus chaudes étaient attendues mercredi et jeudi, avec des températures de 37, voire 38 degrés par endroits, et si les prévisions se confirmaient, cette semaine serait la plus chaude de l’histoire de Belgique.
Le météorologue de l’IRM a souligné le caractère précoce de l’épisode : « On pourrait vraiment être confronté à une séquence aussi chaude et aussi précoce qu’on n’a plus connue depuis juin 1976. » L’année 1976 est restée dans les mémoires pour son été exceptionnellement chaud et sec. Pour les spécialistes, l’événement actuel dépasse ce que l’on considère habituellement comme un simple épisode estival : « Nous sommes face à quelque chose qui commence à sortir du cadre de ce que l’on considère habituellement comme le climat belge. » Ce n’est pas une vague de chaleur ordinaire. C’est un signal.
En Belgique, pour définir une vague de chaleur, il faut au moins cinq jours consécutifs avec une température maximale de 25 °C ou plus, dont trois jours à 30 °C ou plus. Depuis le dimanche précédant la semaine du 22 juin, le pays se trouvait officiellement dans ce contexte. Les écoles ont adapté leurs horaires, la commune d’Etterbeek en région bruxelloise ayant été l’une des premières à suspendre les cours l’après-midi, en maintenant les examens uniquement le matin.
Le geste oublié des anciens : un timing précis, pas une superstition
Dans nos campagnes wallonnes, dans les maisons de maître bruxelloises ou les fermettes ardennaises, les anciens avaient une règle non écrite : volets fermés avant 9 heures du matin, sans discussion. Les voisins qui ouvraient grand en pleine matinée se faisaient regarder de travers. Ce n’était pas une question d’économie d’électricité, le climatiseur n’existait pas dans leur quotidien. C’était de la physique appliquée, transmise de génération en génération sans jamais en connaître le nom savant.
Le problème, c’est le soleil. Quand ses rayons frappent directement une vitre, ils chauffent l’intérieur par effet de serre. Une fenêtre exposée plein sud sans protection peut laisser entrer jusqu’à 200 watts par mètre carré, l’équivalent d’un radiateur d’appoint allumé en plein été. Fermer le volet coupe cette source de chaleur à la racine. Selon l’ADEME, des volets fermés réduisent le gain de chaleur solaire de 60 à 80 %, ce qui peut faire baisser la température intérieure de 3 à 5 °C par rapport à une pièce sans protection.
La plupart des gens ferment leurs volets quand ils commencent à avoir chaud. C’est déjà trop tard. Le bon réflexe consiste à fermer dès que la température extérieure dépasse la température intérieure, souvent dès 8 ou 9 heures du matin en période de canicule. Ce détail fait toute la différence. Attendre 11 heures pour se décider, c’est déjà avoir laissé entrer plusieurs heures de rayonnement direct dans les murs. Volets fermés après coup, la chaleur est déjà capturée à l’intérieur.
Façade par façade : le protocole que les anciens appliquaient instinctivement
La subtilité que les générations précédentes maîtrisaient sans guide pratique, c’est que chaque façade a son heure. Tout dépend de l’orientation des fenêtres : façade est, dès le lever du soleil, car elle encaisse la première vague de chaleur matinale ; façade sud, avant 10 heures, quand le soleil commence à frapper de plein fouet ; façade ouest, impérativement avant 14 heures, car c’est elle qui prend la fournaise de l’après-midi ; façade nord, peu exposée au rayonnement direct, on peut souvent la laisser respirer.
Le cycle ne s’arrête pas là. La nuit, lorsque l’air extérieur se rafraîchit, ouvrir les fenêtres permet à la maison de se purger de la chaleur accumulée durant la journée. Le lendemain matin, dès que la température extérieure commence à remonter, fermer les volets permet de piéger cette fraîcheur nocturne à l’intérieur. Ce cycle en deux temps, ventilation nocturne, confinement diurne, est l’une des techniques les plus efficaces pour maintenir un confort intérieur acceptable sans recourir à des équipements énergivores. Pour rafraîchir de quelques degrés le logement l’été, il est préférable d’attendre que la chaleur s’estompe, soit aux alentours de 21 heures, pour ouvrir les volets et aérer.
Ce que les anciens nommaient « garder la fraîcheur », les ingénieurs l’appellent aujourd’hui l’inertie thermique. Dans les maisons anciennes en pierre, le déphasage permet de maintenir une température intérieure acceptable en journée lors des fortes chaleurs estivales, car les murs auront stocké de la fraîcheur pendant la nuit pour la libérer progressivement, 10 à 12 heures plus tard. Pour un mur en pierre de 60 cm, la chaleur met entre 10 et 12 heures à le traverser : la chaleur du soleil de 14 heures n’atteindra la surface intérieure du mur qu’au milieu de la nuit, à un moment où il est possible de l’évacuer en aérant.
Les maisons modernes, le talon d’Achille de la canicule de 2026
Voilà précisément pourquoi les maisons de nos grands-parents résistaient mieux aux étés chauds que certaines constructions récentes. Les façades anciennes en pierre, en brique pleine ou en torchis jouissent d’une excellente inertie thermique. Bien qu’elles soient peu isolantes au sens strict, elles permettent de maintenir une température stable à l’intérieur, à condition de ne pas casser cette inertie avec une isolation mal pensée.
Dans les constructions conventionnelles actuelles, les murs en briques ou en parpaings sont placés à l’extérieur et l’isolation à l’intérieur. Les isolants courants comme les polystyrènes et les laines minérales sont très légers, donc offrent très peu d’inertie, et c’est pourquoi il est difficile de garder ces maisons fraîches l’été. Pour ces logements, le réflexe des volets matinaux reste tout aussi valable, plus encore, même, puisque la masse des murs ne joue plus le rôle de tampon thermique qu’elle assurait dans la bonne vieille ferme en moellons.
L’IRM rappelle quelques gestes essentiels par fortes chaleurs : s’hydrater régulièrement, porter des vêtements légers, privilégier les endroits frais durant la journée, fractionner les repas et limiter les entrées d’air chaud en maintenant portes et fenêtres fermées. Parmi ces gestes, fermer les volets tôt le matin reste le seul qui soit gratuit, immédiat et qui ne nécessite ni installation, ni abonnement, ni application. C’est le geste anti-canicule le plus rentable : zéro euro, zéro watt, et jusqu’à 3 à 5 °C gagnés à l’intérieur.
Une dernière nuance que les anciens connaissaient aussi, souvent sans la formuler : la couleur du volet n’est pas anodine. L’ADEME recommande les teintes claires pour les volets comme pour les stores. Si l’on hésite encore entre un anthracite très tendance et un blanc plus sage, le thermomètre, lui, a déjà choisi. Un volet sombre absorbe le rayonnement solaire et transmet une partie de cette chaleur vers la fenêtre, tandis qu’un volet clair réfléchit l’énergie. Petit détail, grand effet, le genre de sagesse pratique que la canicule de juin 2026 remet au goût du jour, avec la force de 38 degrés derrière elle.
Sources : lalibre.be | lavenir.net