En Belgique, un tiers des abeilles ne survit pas à l’année. Ce chiffre, publié par l’AFSCA, n’est pas une alarme abstraite : il se traduit concrètement par des ruchers vidés, des apiculteurs épuisés, et des potagers qui se pollinisent de moins en moins bien. Face à cette hécatombe silencieuse, les apiculteurs belges réclament pourtant un geste d’une simplicité déconcertante : poser une bouteille d’eau au jardin avant la fin avril.
À retenir
- 31,2 % des abeilles belges n’ont pas survécu à l’année écoulée — un record alarmant
- Les abeilles ne peuvent pas stocker l’eau et doivent effectuer 40 000 voyages pour récolter 1 litre
- Un simple récipient avec des galets posé en avril suffit à sauver des colonies entières
Une crise apicole belge qui s’aggrave d’année en année
Près d’un tiers des abeilles (31,2 %) n’ont pas survécu l’année écoulée, selon l’enquête menée par l’AFSCA auprès des apiculteurs belges entre l’automne 2023 et l’été 2024, contre 27,2 % lors de la période précédente. La tendance est sans équivoque, et elle s’inscrit dans une dynamique plus large : un taux de mortalité hivernale de 10 % est considéré comme normal. Avec une moyenne de 22,5 %, on est donc largement au-dessus.
La situation est particulièrement tendue en Wallonie et à Bruxelles. En automne 2025, la présence abondante des frelons asiatiques a généré une situation catastrophique, cette espèce exotique envahissante exerçant une prédation intense sur les ruchers avant l’arrivée de l’hiver. 2025 restera sans doute dans les annales comme une année de crise profonde pour l’apiculture en Belgique. Dans le Brabant wallon, les apiculteurs ne sont plus sur le front de l’invasion : ils sont désormais submergés par la vague de propagation des nids.
À cela s’ajoutent les pesticides, le parasite Varroa et une réduction de la disponibilité alimentaire qui fragilise encore davantage les colonies. Et pourtant, un facteur reste systématiquement négligé par le grand public : le manque d’eau.
Ce que la bouteille change vraiment pour une ruche
Dans une ruche, l’eau est indispensable. Elle répond aux besoins de tous les membres de la colonie, matures et immatures, et permet aux abeilles de réguler l’air intérieur, température et humidité, notamment pendant les jours de forte chaleur. Ce que beaucoup ignorent : les abeilles peuvent stocker le pollen et le miel, mais elles n’ont pas le moyen d’emmagasiner l’eau, aussi nécessaire soit-elle à la survie des larves.
Concrètement, les « butineuses d’eau » récoltent des gouttes qu’elles placent en haut des alvéoles pour qu’en s’évaporant, elles fournissent l’humidité nécessaire au couvain, qui autrement mourrait de déshydratation. Et le volume nécessaire donne le vertige : pour récolter 1 litre d’eau, les abeilles doivent effectuer 40 000 voyages. Une colonie consomme entre 10 et 100 litres d’eau par an, un volume considérable qui témoigne de l’importance stratégique de cette ressource.
Le timing du printemps n’est pas anodin. Le transport d’eau en sortie d’hiver annonce une augmentation du couvain. Dès la reprise du couvain, il faut de l’eau pour les bouillies nourricières. Les porteuses d’eau partent à la recherche des points d’eau et se transmettent l’information de génération en génération. Mis trop tard, l’abreuvoir sera ignoré. Voilà pourquoi la fenêtre d’avril est décisive : une colonie qui apprend à connaître un point d’eau avant le pic de besoin estival continuera à le fréquenter toute la saison.
Mode d’emploi : la bouteille, les galets et le sel
L’abreuvoir maison ne demande ni budget ni compétences particulières. Il suffit d’un saladier, d’un pot ou de tout récipient pouvant contenir une bonne quantité d’eau. Pour que les insectes ne se noient pas, on ajoute des cailloux, des billes, des billes d’argile ou des galets, qui permettent aux abeilles de se poser pour boire tranquillement. Un détail qui compte : les abeilles ne nagent pas et se noient facilement. Un abreuvoir évite ainsi un grand nombre de noyades dans leur population.
L’abreuvoir doit être posé dans un endroit naturel, calme et ensoleillé, à l’abri du vent. L’AFSCA recommande de son côté de prévoir des bols d’eau avec des cailloux lors des journées chaudes afin que les abeilles puissent s’abreuver sans se noyer. Une astuce souvent méconnue : les abeilles sont friandes de minéraux. Il suffit d’incorporer environ 2 g de sel fin par litre d’eau. Ce petit ajout a un double avantage : il attire les butineuses, naturellement attirées par les eaux légèrement minéralisées, et il éloigne les moustiques, qui n’apprécient que très peu les eaux salées.
Pour ceux qui disposent d’une bouteille de cinq litres retournée sur un support, le principe de l’alimentation automatique fonctionne parfaitement : le support abreuvoir accueille la bouteille et se positionne à proximité des ruches pour fournir un apport d’eau conséquent et auto-alimenté. Quel que soit le modèle, deux précautions sont essentielles : veiller à ce que l’eau ne soit pas souillée par les déjections du rucher, et assurer une continuité dans la distribution dès le printemps.
Au-delà de l’eau : ce que chaque jardin peut apporter
L’AFSCA et les apiculteurs ne sont pas les seuls à pouvoir apporter une contribution à la préservation des abeilles. Le point d’eau est un premier geste, mais il peut s’inscrire dans une démarche plus large. Un point d’eau bien conçu ne bénéficiera pas uniquement aux abeilles domestiques et sauvages : il deviendra rapidement un lieu de rendez-vous pour une multitude d’acteurs de la biodiversité, notamment les papillons, les syrphes et les coccinelles.
Sur 400 espèces d’abeilles présentes en Belgique, seule l’abeille domestique produit du miel. Dans nos régions, environ 75 % des plantes à fleurs se reproduisent grâce aux pollinisateurs, l’abeille domestique ne contribuant qu’à 15 % tout au plus de la pollinisation des cultures. protéger les abeilles sauvages et les bourdons est tout aussi urgent. En Flandre, la première liste rouge officielle des abeilles sauvages révèle que 10 % des espèces ont disparu et que 30 % sont menacées ou vulnérables.
La Belgique fédérale ne reste pas inactive : le Plan fédéral pour les pollinisateurs 2026-2028 vise à enrayer le déclin et restaurer un environnement favorable à tous les pollinisateurs, avec des actions pour les colonies domestiques comme pour les abeilles sauvages, papillons et syrphes. Mais entre les plans politiques et le jardin de votre voisin, il y a toujours un fossé que seuls les gestes concrets comblent.
Une dernière chose à savoir, souvent absente des guides pratiques : l’abreuvoir est indispensable dans les zones habitées à cause des piscines, où les abeilles vont chercher une eau tiède, surtout dans les volets roulants flottants. C’est une source fréquente de conflit de voisinage. Offrir un point d’eau adapté dans votre jardin, c’est donc aussi rendre service à votre quartier, et peut-être sauver quelques relations de bon voisinage, ce qui, en Belgique, n’est pas rien.
Sources : favv-afsca.be | le-caucase.com