Manneken-Pis est habillé parce que Bruxelles lui offre des costumes depuis plus de trois siècles, et que personne n’a jamais voulu arrêter. La garde-robe compte aujourd’hui plus d’un millier de pièces, conservées à deux pas de la fontaine.
Le petit bonhomme de bronze est donc rarement nu.
- L’électeur de Bavière Maximilien-Emmanuel offrit le premier costume à Manneken-Pis vers 1698, établissant une tradition qui perdure.
- La statue change de tenue plusieurs fois par semaine selon un calendrier publié par la Ville de Bruxelles et l’association Les Amis de Manneken-Pis.
- Plus de mille costumes sont conservés à la GardeRobe MannekenPis, ouverte en 2017 rue du Chêne, tandis que l’original de 1619 repose au Musée de la Ville de Bruxelles.
Un gamin de bronze, trois légendes
Le personnage mesure à peine plus d’un demi-mètre. Jérôme Duquesnoy l’Ancien l’a coulé dans le bronze en 1619, pour remplacer une version en pierre attestée dès le XIVe siècle. Il se dresse au coin de la rue de l’Étuve et de la rue du Chêne, à quelques minutes de la Grand-Place.
Sur ses origines, Bruxelles n’a jamais tranché, ce qui lui va plutôt bien. Selon la légende la plus répandue, le duc Godefroid III de Louvain, encore nourrisson, aurait été suspendu dans un arbre en 1142 pour encourager ses troupes, et aurait arrosé l’ennemi depuis sa branche. Une autre version raconte qu’un garçon aurait éteint la mèche d’une bombe qui menaçait la ville. Une troisième parle d’un enfant perdu, retrouvé en pleine commission par des parents si soulagés qu’ils auraient fait ériger la statue.
Du cadeau de prince à la garde-robe
L’habillage naît d’un cadeau de prince. Vers 1698, l’électeur de Bavière Maximilien-Emmanuel, gouverneur des Pays-Bas espagnols, aurait offert un premier costume à la statue. Corporations et confréries ont suivi, chacune souhaitant voir son uniforme sur la fontaine.
Puis les voleurs se sont mêlés de l’histoire.
En 1745, des soldats anglais s’emparent de la statue, qui est récupérée. Deux ans plus tard, des grenadiers français la dérobent à leur tour. Pour apaiser les Bruxellois, Louis XV leur fait remettre un costume de gentilhomme et la croix de Saint-Louis. En 1817, un ancien forçat nommé Antoine Licas brise la statue en morceaux, qu’on retrouve et qu’on recolle.
Un calendrier à la carte
Aujourd’hui, Manneken-Pis change de tenue plusieurs fois par semaine. Le programme est publié à l’avance par la Ville de Bruxelles, qui coordonne les dates avec l’association Les Amis de Manneken-Pis. Chaque habillage a lieu au pied de la fontaine, parfois en fanfare, en présence de la délégation qui a offert le costume.
Les donateurs forment un casting disparate : confréries gastronomiques, corps de métier, associations caritatives, délégations étrangères venues de plusieurs continents. Le calendrier varie d’une année à l’autre, et c’est la raison pour laquelle on ne vous donnera pas ici de date fixe : seule la consultation du programme officiel de la Ville garantit de tomber sur la bonne tenue.
À l’occasion de certains événements, l’eau cède même la place à la bière.
La fontaine est alors reliée à un fût et les passants viennent remplir un gobelet, ce qui change agréablement des gaufres.
Où dorment mille costumes
Le bronze qu’on photographie rue du Chêne est une copie.
L’original, daté de 1619, est conservé depuis 1965 à la Maison du Roi, sur la Grand-Place, qui abrite le Musée de la Ville de Bruxelles. Les costumes ont, eux, leur propre musée : la GardeRobe MannekenPis, ouverte en 2017 au numéro 19 de la rue du Chêne, à quelques pas de la fontaine. Seule une partie de la collection y est exposée à la fois.
Offrir une tenue passe en principe par une demande adressée à la Ville de Bruxelles, qui s’occupe du calendrier avec les Amis de Manneken-Pis. Le vêtement doit épouser les proportions d’un nourrisson de bronze, ce qui exclut les capes trop ambitieuses.
Manneken-Pis n’est d’ailleurs plus seul. Sa version féminine, Jeanneke-Pis, se cache impasse de la Fidélité, et Zinneke Pis, un chien sculpté par Tom Frantzen, lève la patte rue des Chartreux depuis 1998. Aucun des deux ne dispose, à ma connaissance, d’une garde-robe de mille pièces.