Un logement fermé à clé, un post Facebook « Direction la mer, à dans quinze jours ! » et zéro appel à la police locale : voilà, sans le savoir, la recette exacte pour transformer sa maison en cible facile. C’est le paradoxe que rappelle chaque année les services de police belges : la plupart des gestes qu’on croit anodins avant un départ en vacances sont précisément ceux qui facilitent le travail des cambrioleurs.
Les chiffres donnent le vertige. L’an dernier, entre juillet et septembre, 8 001 habitations ont reçu la visite d’intrus, soit près de 25 % des cambriolages recensés au cours de toute l’année 2025, selon le Service public fédéral Intérieur. Un quart des effractions annuelles concentrées sur trois mois seulement : la période estivale n’est pas juste « un peu plus risquée », elle est statistiquement le moment le plus dangereux pour un logement inoccupé. Et pourtant, face à ce risque, beaucoup de Belges relativisent leur propre exposition. En effet, selon une enquête de Verisure, deux Belges sur trois (67 %) estiment que la probabilité que leur propre domicile soit ciblé pendant leurs vacances est faible. On se sent tous un peu invincibles avant de partir, jusqu’au coup de fil qui gâche le retour.
Ce qui frappe surtout, c’est la banalité des indices qui trahissent une maison vide. Boîte aux lettres qui déborde, volets fermés, absence de lumière ou de véhicule garé, publications sur les réseaux sociaux : autant d’indices qui peuvent attirer l’attention des cambrioleurs. Rien de sophistiqué là-dedans, aucun repérage digne d’un film de braquage. Un cambrioleur n’a pas besoin de filer une famille pendant trois semaines : il lui suffit de repérer un courrier qui s’accumule ou une story Instagram géolocalisée depuis une terrasse espagnole. C’est justement cette naïveté numérique que pointent les policiers quand ils expliquent, patiemment, pourquoi annoncer son départ au monde entier revient à laisser la porte ouverte.
À retenir
- Pourquoi vos publications Instagram sont une invitation directe aux cambrioleurs
- Un service gratuit de la police que 90% des Belges ignorent complètement
- Les trois erreurs stupides que presque tout le monde commet avant de partir
Le silence, première ligne de défense
Le réflexe le plus contre-intuitif, mais le plus efficace, consiste à ne rien dire. Soyez discret et n’attirez pas l’attention de cambrioleurs potentiels, comme via des posts sur les réseaux sociaux, recommande le site officiel Belgium.be. Même conseil du côté de la police locale de Bruxelles Nord, qui insiste : ne mentionnez surtout pas votre départ en vacances sur les réseaux sociaux. Le message est clair, il n’y a aucune ambiguïté possible : le récit de vos vacances peut attendre le retour. Les photos de plage garderont leur charme dix jours plus tard, promis.
Mais taire son départ ne suffit pas si la maison, elle, se met à parler à votre place. Une boîte aux lettres qui explose de prospectus, des volets immobiles pendant deux semaines, une pelouse qui pousse sans témoin : ce sont là les vrais indicateurs, bien plus fiables qu’un algorithme de repérage. La solution passe par l’entourage. Quand vous partez en vacances, faites vider votre boîte aux lettres et demandez à vos voisins ou à votre famille de baisser et de remonter les volets. Un voisin qui sort les poubelles, un ami qui gare sa voiture devant chez vous une fois par semaine, ça ne coûte rien et ça change tout. On peut aussi jouer sur la technologie : minuteries pour l’éclairage, ouverture programmée des volets, autant de petits mensonges domestiques qui simulent une présence.
La police, alliée méconnue et gratuite
Voici le service que la plupart des Belges ignorent encore : la surveillance vacances, un dispositif gratuit proposé par de nombreuses zones de police. Pendant votre absence, la police viendra jeter un œil à votre habitation, aussi bien la nuit qu’en journée, et si des agissements suspects sont constatés, les services de police prendront contact avec les personnes désignées. Concrètement, il suffit de remplir un formulaire, généralement disponible auprès de son inspecteur de quartier ou en ligne, en indiquant les dates d’absence. Seule contrainte : il faut introduire sa demande au minimum 7 jours avant son départ. Un délai qu’on oublie systématiquement dans la course aux valises, alors qu’il suffirait de le noter sur son agenda dès la réservation des billets d’avion.
Autre option, moins connue mais tout aussi accessible : le conseiller en prévention vol. Ce policier ou fonctionnaire communal spécifiquement formé à la prévention des vols se rend gratuitement chez vous pour faire le tour de votre habitation et vous conseiller sur les mesures à prendre. Ce diagnostic à domicile permet de repérer les failles qu’on ne voit plus soi-même : une fenêtre de toit mal sécurisée, une porte de garage fragile, un accès arrière négligé. D’ailleurs, la police belge recense une augmentation des cambriolages par les fenêtres de toit, un point d’entrée souvent délaissé dans les réflexes de sécurisation classique, qui se concentrent surtout sur porte d’entrée et fenêtres du rez-de-chaussée.
Les petits gestes qui font la différence
Avant de fermer la porte pour de bon, quelques réflexes méritent d’être ajoutés à la checklist. Il s’agit de cacher les objets qui donnent envie : cacher les bijoux, l’argent, les ordinateurs et autres objets électroniques qui sont le plus couramment volés. Autre détail qu’on néglige systématiquement après un achat en magasin : ne déposez pas les cartons de vos nouveaux appareils devant chez vous, les cambrioleurs auront vite fait de repérer ce qu’il y a à voler chez vous. Le carton d’un téléviseur dernier cri posé fièrement à côté de la poubelle, c’est littéralement une annonce publicitaire pour cambrioleurs.
Le rangement du jardin compte aussi. Rangez le matériel qui pourrait être utilisé par des cambrioleurs, comme une échelle ou des outils de jardin, car une échelle oubliée contre le mur transforme un premier étage en rez-de-chaussée pour quelqu’un de motivé. Et en cas de coup dur malgré toutes les précautions, avoir un inventaire précis facilite tout : tenez un inventaire de vos objets de valeur en indiquant les numéros de série, et conservez les factures. Un simple dossier photo sur son téléphone, mis à jour à chaque gros achat, peut faire gagner des semaines lors d’une déclaration d’assurance.
Un dernier chiffre à garder en tête avant de boucler la valise : la vigilance de quartier demeure un atout précieux contre les cambriolages, et informer un voisin de confiance de son absence contribue à renforcer la sécurité de l’ensemble du voisinage. Le cambriolage n’est pas qu’une affaire individuelle, c’est un problème de rue entière. La prochaine fois qu’un voisin vous demande de surveiller sa maison pendant qu’il est au bord de mer, rendez-lui la faveur sans hésiter : la sécurité, en Belgique comme ailleurs, se construit souvent par-dessus la haie du jardin.
Sources : police.be | lalibre.be