Un pull affiché à moins 40 % pendant les soldes ne vaut pas grand-chose si le prix « barré » au-dessus n’a jamais vraiment existé. C’est précisément pour empêcher ce genre de tour de passe-passe que la loi belge impose depuis 2022 ce qu’on appelle la règle des 30 jours : depuis le 28 mai 2022, les magasins ont l’obligation d’afficher le prix de référence en même temps que le prix soldé, et ce prix de référence doit être le prix le plus bas affiché par le vendeur pendant la période de 30 jours précédant les soldes. Concrètement, la remise affichée ne peut jamais être calculée sur un prix gonflé artificiellement juste avant le début des soldes.
Le principe paraît simple, mais il change tout dans la façon de lire une étiquette. Avant cette réforme, un commerçant pouvait techniquement comparer son prix soldé à n’importe quel prix pratiqué dans le passé, même très ancien ou très bref. Depuis 2014 et un arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne, cette notion de « prix de référence » avait disparu, obligeant le consommateur à vérifier lui-même au cas par cas ce qu’il en était. Résultat : des dérives bien documentées. Cette législation a longtemps été contournée par des détaillants habiles, avec des prix qui passaient de 90 à 120 euros juste avant la période des soldes, pour repasser à 90 euros pendant les soldes suite à une réduction. Une fausse remise de -25 % qui n’était en réalité qu’un retour à la normale. Malin, mais pas franchement fair-play envers le client qui croit faire une affaire.
À retenir
- Pourquoi un rabais de -40 % affiché peut ne représenter aucune économie réelle
- Comment les commerçants contournaient la loi avant cette nouvelle obligation
- Le geste simple que tout consommateur devrait faire avant les soldes officiels
Un prix de référence, mais pas figé pour l’éternité
La mécanique légale est un peu plus subtile qu’un simple copier-coller de prix. Une enseigne peut très bien intensifier sa promotion sur plusieurs semaines sans devoir recalculer son prix de référence à chaque étape. Lors d’une seule et même campagne de promotion continue, une entreprise peut augmenter progressivement pendant 30 jours ses réductions, par exemple en passant de -20 % à -30 % et enfin à -50 % pour un même produit, tout en conservant le même prix de référence initial. Logique : le prix d’origine ne bouge pas, seule la remise s’accentue.
Ce qui devient plus problématique, c’est la suite. Après cette période de 30 jours, l’entreprise pourra maintenir la dernière réduction appliquée, mais pas indéfiniment : si cette dernière réduction reste appliquée trop longtemps après la période de 30 jours, elle risque d’être considérée comme trompeuse, le prix réduit étant devenu le nouveau prix permanent. un -50 % qui traîne six mois n’est plus une remise, c’est simplement le nouveau tarif habillé en bonne affaire. Le SPF Économie garde d’ailleurs un œil sur ce genre de pratique, même en dehors du calendrier strict des soldes de janvier et juillet.
Les vieilles ficelles à repérer soi-même
Le meilleur réflexe reste celui du consommateur qui note les prix avant même le début officiel des soldes. Le prix de référence doit être le prix le plus bas affiché par le vendeur pendant la période de 30 jours précédant les soldes, et il est difficile de faire la preuve d’une pratique frauduleuse comme l’augmentation du prix juste avant les soldes de manière à faire croire ensuite à une importante remise. Test-Achats conseille une astuce toute simple pour les boutiques physiques : décoller les étiquettes de réduction pour voir le prix de base, et si le prix affiché sur la nouvelle étiquette est plus élevé que celui en dessous, demander au vendeur de pratiquer la réduction sur le prix le plus bas, en portant plainte si besoin auprès de l’Inspection économique.
Les contrôles existent bel et bien, et ils ne sont pas symboliques. Selon le porte-parole du SPF Économie, l’Inspection économique mène un certain nombre de contrôles proactifs, tant dans les magasins physiques qu’en ligne, à chaque période de soldes, pour vérifier que les entreprises n’ont pas recours à des pratiques commerciales trompeuses et qu’elles indiquent correctement le prix antérieur le plus bas. Un contrôle sur quatre révélait auparavant un manquement, selon des données citées par le secteur du paiement électronique. Depuis, le seuil de 30 jours a resserré la marge de manœuvre, mais n’a pas éliminé la tentation.
Le flou juridique de 2026 ne change rien à cette règle-là
L’actualité récente complique un peu la lecture, sans toucher au mécanisme du prix de référence. Fin mai 2026, le Conseil d’État a annulé des amendes infligées pour l’utilisation du terme « soldes » en dehors des périodes réglementées, estimant illégale, en regard du droit européen, la loi belge sur laquelle se fondaient ces sanctions. Une décision qui a semé l’inquiétude chez les commerçants indépendants, davantage exposés à une concurrence de voisins moins scrupuleux sur le mot « soldes ». La plupart des commerçants s’inquiètent de cette décision et craignent qu’elle ne leur porte préjudice, demandant au gouvernement de revoir et d’adapter la loi.
Mais attention à ne pas tout mélanger : le flou concerne l’usage du mot « soldes » hors calendrier, pas la protection sur les prix eux-mêmes. Le SPF Économie a été clair sur ce point début juillet 2026, en pleine ouverture des soldes d’été : l’application de l’article encadrant strictement le mot « soldes » n’est pas une priorité pour le moment, mais les règles relatives à l’indication des prix, au prix de référence et à la publicité trompeuse sur les prix, aux périodes d’interdiction et à la vente à perte restent toutefois soumises à des contrôles. le calendrier des soldes tremble un peu sur ses fondations juridiques, mais la règle des 30 jours, elle, continue bel et bien de s’appliquer et d’être surveillée.
Pour cette édition des soldes d’été 2026, le SNI annonçait d’ailleurs une prudence assez nette côté commerçants, avec « des diminutions de prix de 20 à 30 % qui seront la norme » plutôt que des rabais spectaculaires. Un chiffre qui remet les pendules à l’heure : la vraie affaire des soldes belges se situe rarement au-delà de -30 %, peu importe ce que hurle l’étiquette rose fluo en vitrine. Le réflexe qui paie reste toujours le même, noter un prix trois ou quatre semaines avant la date fatidique, histoire de vérifier si la remise du jour J tient vraiment ses promesses.
Sources : lavenir.net | worldline.com